10/09/2007

Pas de tapis vert pour l’orange bleue

Après quelques jours d’excitation politico-médiatique, les raisons qui ont motivé l’invitation d’Ecolo à des discussions en vue de débloquer l’orange bleue apparaissent plus clairement. Appuyé à l’unanimité par le Bureau, nous avons formulé trois exigences afin de tester la bonne foi des partenaires et d’éprouver leur réelle volonté de former un Gouvernement ambitieux, à même de relever les défis environnementaux, sociaux et économiques dont chacun semblait se préoccuper en campagne électorale.

La fin de non recevoir que nous avons constatée atteste que les deux seuls objectifs que poursuivaient les quatre partis de l’orange bleue étaient de :
- nous faire jouer le rôle de marche pied pour une (incertaine) majorité des 2/3 ;
- nous faire jouer le rôle de bouclier du CdH.

Pour nous, cela ne constituait pas une ambition à la mesure des enjeux. Et décrisper Joëlle Milquet ne fait pas partie de notre projet politique.

Nous avions donc trois exigences

1. Rappeler nos priorités de fond pour la participation à un Gouvernement et leur pertinence aujourd’hui : le climat, la solidarité, l’environnement, …

2. Inviter Groen ! aux discussions. Pour faire un pays ensemble, il faut se parler et avoir des projets communs, des projets qui répondent aux problèmes des gens. Il est donc paradoxal, et pour tout dire incompréhensible, que dans la crise communautaire dans laquelle le pays se trouve, les seuls partis qui n’ont jamais cessé de se parler et ont formé un groupe commun au Parlement fédéral soient invités à se dissocier. Il est aussi spectaculaire de constater que dans le refus exprimé face à nos exigences, l’arrivée de Groen ! était aussi difficile à accepter que nos réserves à l’égard de la NVA. Est-ce le Boerenbond qui fait ce Gouvernement ?

3. Bloquer la volonté séparatiste de la NVA. Cela a-t-il le moindre sens de chercher à former un Gouvernement fédéral avec un parti qui veut détruire l’Etat fédéral ? Devons-nous rappeler ce qu’est et ce que veut la NVA ? Devons-nous rappeler que la NVA n’est pas l’ancienne Volksunie, mais la partie de l’ancienne Volksunie la plus extrémiste, celle qui n’a pas soutenu les dernières réformes de l’Etat car elle ne répondait pas à son programme séparatiste ?

Jean-Luc Dehaene lui-même a soulevé cette question de la possibilité de former un Gouvernement avec la NVA. À cet égard, il faut aussi rappeler l’épisode NVA – Dedecker. Leterme avait d’abord déclaré publiquement et officiellement que le cartel CDNV-NVA ne valait que pour les régionales de 2004. Puis, les événements s’enchaînent :
- 29 novembre 2006 : Dedecker annonce qu’il ira à la NVA ;
- 30 novembre 2006 : Leterme annonce la rupture du cartel avec la NVA ;
- 9 décembre 2006 : la NVA choisit de rester au sein du cartel et exclut Dedecker. Il est clair qu’à ce moment-là et pour des raisons électorales, Leterme choisissait de réunir les conditions d’une bonne partie des difficultés que nous connaissons aujourd’hui.

Bref, trois exigences, c’était trois de trop aux yeux des négociateurs de l’orange bleue ! Après près de trois mois de blocage total entre eux et de surenchère de leur part dans les exclusives et les noms d’oiseaux, alors que les partis de l’orange bleue multiplient les exclusives (pas de tripartite traditionnelle, pas d’olivier, pas avec le PS, …), Ecolo aurait dû accepter de jouer le dépanneur sans condition ? C’était oublier qu’Ecolo a 27 ans et est un parti adulte.

Nous souhaitons également relever que la famille sociale-chrétienne dans son ensemble a à notre sens une responsabilité particulière dans la crise : vu l’état de délitement de la Violette en fin de règne, CD&V et CDh étaient assurés de participer au Gouvernement et n’ont manifestement rien anticipé, n’ont visiblement préparé aucune discussion entre eux ; c’est assez irresponsable. Pire, ils ont au contraire, chacun dans leur genre et à des degrés divers, préparé la crise d’aujourd’hui, en misant largement la campagne sur le communautaire. Désormais, cela fait près de trois mois que le CDH lanterne le pays avec son doute : aller dans l’orange bleue ou ne pas y aller. Il est maintenant temps de répondre.

La presse flamande comprend parfaitement nos exigences, comme en atteste l’édito du Standaard du 5 septembre 2007, où Bart Sturtewagen, qui n’est ni écologiste ni francophonissime, écrivait : « Il est logique qu’Ecolo mette la barre haut »… Le même jour, le Tijd écrivait également que la NVA sera conduite à des positions moins tranchées, puisqu’elle sait à présent qu’il y a une alternative pour la mettre dehors.

À l’inverse de certains acteurs et commentateurs francophones, la presse flamande a bien compris que si nous avions fait campagne sur le slogan « Ecolo maintenant ! », nous n’avons pas fait campagne sur : « Pigeons maintenant »

Publié le jeudi 6 septembre 2007
> Par Isabelle Durant, Sénatrice et Secrétaire fédérale, Jean-Michel Javaux, Secrétaire fédéral
> Thèmes : ,
> Niveau(x) de pouvoir :Fédéral

10:58 Écrit par B.L. dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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