20/10/2009

conference de presse : Carrière Dhordain : ECOLO se mobilise pour la qualité de vie des riverains

Montignies Saint Christophe, le 19 octobre 2009

Présentée par

 

 

Isabelle MEERHAEGHE,

Députée régionale et communautaire ECOLO

 

Michaël LECLERCQ,

Porte-parole de la régionale ECOLO de Thuin

 

Nasser ACHOUR,

Porte-parole des VERTS Sambre Avesnois

 

Ariane VAN LANDEGHEM,

Secrétaire de la locale ECOLO d’Erquelinnes

 

 


Le contexte

 

Un nouveau projet transfrontalier d’exploitation d’une carrière de grès pourrait voir le jour à Boussignies-sur-Roc en France : la Société Dhordain espère obtenir un permis pour extraire des pierres et les transporter par camions vers un site actuellement en cours d’exploitation.

Il est intéressant de souligner l'intérêt des grands groupes pour les petits établissements, pour leur localisation et leur autorisation administrative d'exploitation. Cela leur permet de bénéficier de plateformes intéressantes de développement. Le groupe industriel Bouygues envisage ainsi l’achat de la Société Dhordain, si celle-ci obtient ce permis.

Le projet autoriserait jusqu’à 500.000 tonnes par an, ce qui ne serait pas sans conséquence pour les communes frontalières wallonnes de Beaumont, Merbes-le-Château et singulièrement Erquelinnes.

A la lecture de l’étude d’incidence, il apparaît en effet clairement que les populations frontalières wallonnes subiront de plein fouet une série de nuisances notamment en ce qui concerne le bruit et les ondes de choc liés aux tirs de mines, le charroi mais aussi les aspects liés à la dégradation des eaux de la Thure et de la Hantes. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

La commune d’Erquelinnes a émis un avis défavorable par rapport au projet mais la législation prévoit que les communes wallonnes concernées ne peuvent rendre qu’un avis qui n’est nullement contraignant alors que ces dernières subiraient une majeure partie des préjudices liés à l’établissement de cette exploitation.

La balle est donc dans le camp du Préfet du Nord qui doit prendre la décision au niveau de l’octroi ou non du permis.

 

Une étude d’impact peu objective

 

Le projet d’extension de la carrière Dhordain présente une série de risques majeurs pour l’environnement. L’étude d’incidence a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs objections importantes dans le cadre de l’enquête publique qui se clôturait le 11 septembre dernier.

La lecture de l’étude d’impact nous a laissés sur notre faim… On peut certes trouver dans ce résumé un relevé de différents risques inhérents à l’exploitation de la nouvelle carrière, à l’unité de traitement actuelle et à la piste de liaison à créer, mais on y trouve aussi une liste très peu détaillée des mesures à mettre en œuvre pour réduire ces risques.

Et surtout, un grand nombre d’éléments de l’étude d’impact s’assimilent à une série de contre-vérités, notamment sur le volet environnemental du dossier.

Les autorités communales de Bousignies-sur-Roc (France) se sont inquiétées des nuisances environnementales de cette nouvelle exploitation. La réponse du propriétaire de la carrière Dhordain est édifiante à ce sujet : en substance, toutes les nuisances sont pour les Belges.

Des nuisances environnementales

pour l’eau

 

L’eau souterraine est de bonne qualité, mais elle subit quelques modifications par l’activité des carrières. Dans la carrière, l’eau souterraine et l’eau de pluie ruissellent sur les parois des roches exploitées et emmènent avec elles toutes les matières qu’elles peuvent transporter. Des teneurs élevées en MES peuvent provoquer l’asphyxie des poissons, contribuer au colmatage des frayères et surtout réduire la pénétration de la lumière. Cela entraîne la disparition de nombreuses espèces végétales ou animales sensibles à cette pollution.

Le deuxième risque quoique rare vient des hydrocarbures. Ce sont des huiles, du gasoil… Ils proviennent des machines et véhicules utilisés sur le site carrier.

Ces substances se retrouvent sur le sol et peuvent être emportées par l’eau qui ruisselle ou par l’eau d’arrosage des pistes (pour réduire les poussières).

Selon l’étude d’incidence, il existera un risque de pollution de la Hantes par les eaux d’exhaure de la carrière.

C’est un risque inacceptable à nos yeux. La pollution se fera aussi par les dépôts de poussières sur avec un effet désastreux, notamment, sur les zones de fraye des truites fario qui ont été réintroduites.

Après avoir franchi la Hantes, la piste traverse 25 mètres de zone inondable sur la rive gauche de la Hantes. Mais comme elle est inondable, il sera impossible d’y creuser un bassin de décantation pour récolter les eaux qui dévaleront de la piste.

Par ailleurs, le fossé drainant le collecteur des eaux pluviales et les bassins d’infiltration  prévus devront absorber les eaux de la piste et celles qui viendront de bois très pentus (Bois de Beaumont) qui la surplombent. La pollution sera inévitable car il n’y a pas d’endroit disponible pour créer des bassins de décantation d’une taille suffisante au bas de cette piste vers la Hantes. Pollution décuplée par le transport de roches déjà concassées puisque les éléments fins, perdus par les camions sur cette piste, seront beaucoup plus nombreux.

En ce qui concerne la protection des eaux de nos rivières, si l’étude précise qu’un suivi de la qualité des eaux rejetées sera réalisé, nous n’avons aucune garantie sur l’organisme qui va s’occuper de cette procédure et surtout avec quelle indépendance vis-à-vis du carrier.

Enfin, le volet relatif aux eaux souterraines n’est guère enthousiasmant.

D’après l’étude d’incidence, les terrains concernés ne recoupent aucun périmètre de protection  de captage public d’alimentation en eau de consommation humaine.  C’est faux ! Le périmètre de protection du captage SWDE de Montignies recouvre la zone de la carrière projetée !!

Dans le dossier complet on peut lire qu’il n’y a aucun captage d’eau potable dans un rayon de 10 km or la S.W.D.E. exploite un captage à 600 mètres ! de la zone concernée.

Dans le cadre de l’étude d’impact, à travers un courrier adressé à la Mairie de Bousignies-sur-Roc, la S.W.D.E. a d’ailleurs émis de solides réserves sur ce point et son implication transfrontalière.

Se basant sur des directives européennes en matière de gestion des masses d’eau, la S.W.D.E. a donc fait part de son opposition au projet.

 

La qualité de vie en question…

 

A ces considérations essentiellement environnementales, s’ajoutent une série de points qui soulèvent une vague d’inquiétudes par rapport à la qualité de vie des riverains de la carrière :

1. Les nuisances sonores

Rien ne garantit que des réglementations seront mises en place et respectées durant toute la durée de l’exploitation. L’appel à des spécialistes pour venir enregistrer le niveau de vibration lors des tirs ne sera pertinent que si nous avons la garantie d’une indépendance vis-à-vis des carriers. Ce que l’étude d’impact ne garantit pas…

De  plus, aucune étude vibratoire préalable n’a été effectuée sur le futur site de la carrière.

D’autre part, considérant le fait que les vents dominants sont orientés vers Montignies-Saint Christophe, il y a de grands risques que les riverains belges du projet paient un lourd tribut lié au bruit de fond des concasseurs, à la présence d’une installation mobile de concassage et au bruit des camions qui circuleront entre les différents sites d’exploitation.

2. Le charroi

Le charroi doit obligatoirement transiter par  la rue de la Thure. Cette voie communale est déjà en très mauvais état (puisqu’elle doit supporter le passage de 10 000 semi-remorques chargés et de 10 000  vides par an) ; la dégradation sera encore plus importante puisque le projet d’extension prévoit 500.000 tonnes extraites par an, soit une augmentation du charroi de plus de 125% (500.000 T /40 T(par camion) = 12500 -> augmentation de 125% !!!!)

3. Les poussières

Le volume de poussières dues aux tirs de mine et au concasseur  risque d’être important pour les riverains au vu des vents dominants (Sud-Ouest).

 

ECOLO se mobilise au niveau local

 

A la mi-juin, la locale ECOLO d’Erquelinnes a été informée d’une étude d’incidence en cours au niveau de la commune de Bousignies-sur-Roc et s’est rapidement mobilisée sur le dossier.

Des contacts réguliers ont ainsi été établis avec le comité de protection des vallées de la Hantes  et de la Thure.

Des synergies ont été établies avec le cabinet du Ministre Henry qui a délégué son chef de cabinet adjoint lors de la réunion d’information publique organisée par la commune du 2 septembre 2009.

 

ECOLO se mobilise au niveau régional

 

Le 6 octobre dernier, en séance publique de la Commission de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et de la Mobilité, Isabelle MEERHAEGHE, députée régionale et communautaire ECOLO, a interpellé le Ministre HENRY sur la question.

Outre les considérations relatives à la qualité de vie développée ci-dessus, Isabelle MEERHAEGHE a demandé au Ministre de contacter les autorités françaises compétentes afin de mettre en lumière les conséquences négatives que pourraient engendrer un tel projet pour la région d’Erquelinnes.

Dans sa réponse, Philippe HENRY a rappelé que le Fonctionnaire technique avait bel et bien reçu les avis du Conseil Wallon pour l’Environnement et le Développement durable, des Collèges de Beaumont et d'Erquelinnes, faisant suite aux enquêtes publiques. Les remarques portaient, comme attendu, essentiellement sur le charroi important, les risques de pollution de la nappe aquifère et les multiples interactions avec la faune et la flore locales, mais faisaient également état d'une pollution de la Thure et de risques pour la Hante. Motivés par ces différents éléments, les Collèges communaux ont émis des avis défavorables.

Le Préfet du Nord a été informé que les procédures étant différentes en Belgique, il y aurait lieu de postposer sa décision à l'envoi d'un rapport des instances belges. Le Fonctionnaire technique compte faire des propositions de conditions d'exploitation au Préfet afin de limiter les nuisances du projet sur le territoire wallon, aussitôt qu'il recevra l'ensemble des avis sollicités. La question des impacts sur l'eau est prégnante.

Nous attendons avec impatience les conclusions des contacts qui ont été entrepris.

 

L’écologie politique n’a pas de frontière

 

Au-delà du cas ponctuel présent, Isabelle MEERHAEGHE a évoqué la possibilité de mettre sur pied des accords bilatéraux avec nos pays voisins en matière d'incidences transfrontières du type de l'accord de coopération que la Région wallonne a établi avec les Régions de Bruxelles Capitale et Flamande.

Il s’agit d’un combat de longue date pour les écologistes qui ont régulièrement abordé cette question lors de la conférence transfrontalière des intercommunales.

Cette préoccupation constitue un axe commun de travail avec les Verts français, notamment au niveau d’Eurométropole. Un traité entre la Belgique et la France a permis la mise sur pied de cette structure afin de pouvoir réaliser des infrastructures qui desservent toute la région transfrontalière (l’épuration des eaux, l’emploi). Dans ce cadre, un groupe de travail étudiant l’opportunité d’une législation qui rende les avis de l'autre côté de la frontière contraignants pourrait aisément être mis en place.

Dans le même cadre, les élus des Verts développeront une interpellation sur ce point lors d’une prochaine séance du conseil régional du Nord.

 

 

 

 

Sur tous les fronts,

baliser les bases

de la préservation de la qualité de vie

 

De manière transversale, sur le terrain local, avec le cabinet du Ministre Henry, les députés régionaux écologistes, mais aussi avec les Verts français, ECOLO entend se mobiliser sur tous les fronts pour s’opposer à ce projet.

Nous espérons que nos multiples démarches permettront  au préfet du Nord de la France, à qui reviendra la décision, d’être sensible aux objections des citoyens belges.

A plus long terme, ECOLO et les Verts entendent faire entendre la voix des citoyens dans les dossiers liés à des demandes de permis transfrontaliers.

 

09:06 Écrit par B.L. dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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